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Festival AMERICA 2016 : Conférences et déambulations dans le festival 1/2 !

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Festival America 2016

Le festival América est un festival complet en ce sens qu’il mêle littérature, concerts, expositions, cinéma, conférences… Impossible de tout voir ou de tout faire mais on ne peut pas reprocher ce gigantisme aux organisateurs, juste saluer l’énorme boulot.

Du coup, il faut faire des choix. Deux auteurs m’intéressaient énormément en ce samedi 10 septembre. Deux auteurs dont les œuvres respectives sont considérées comme majeures : Garth Risk Hallberg et Marlon James, les deux sensations de ces derniers mois. Le premier parce qu’il a provoqué une surenchère auprès des maisons d’édition US avec son premier manuscrit complètement allumé de « City on Fire » qui lui a rapporté un à-valoir de 2 millions de dollars avant même d’être publié (un record !) ; le second parce que son nouveau roman « Brève histoire de sept meurtres » est sur toutes les lèvres et promet un voyage fabuleux dans la Jamaïque de Bob Marley. Malheureusement, je n’ai pas réussi à voir la conférence avec Hallberg qui, coup du sort, était à la même heure que celle de Marlon James. Pour me consoler, j’ai assisté aux deux plateaux où Marlon James intervenait. Une pure régalade.

Mais avant de me rendre à ces conférences, j’ai croisé l’épatant Iain Levison dont le film « Un Petit Boulot » est une adaptation d’un de ses plus célèbres romans. Pour lire la chronique du livre, c’est ici ! Je vous parle souvent de cet auteur qui est édité en France par les Editions Liana Levi car ses livres sont des petits bijoux de causticité, mordants et n’hésitant jamais à s’attaquer aux travers de la société américaine. « Les Tribulations d’un Précaire et arrêtez-moi là en sont deux parfaits exemples que je vous conseille grandement.

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Iain Levison – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Allez hop, on file à la première conférence :

Du roman à l’écran – Conférence animée par Pierre Krause (Babelio)

Où l’on se posera les question suivantes : Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ?

Avec Marlon James (Brève histoire de 7 meurtres), Laura Kaschiche (Esprit d’hiver) et Stewart O’Nan (Derniers feux sur Sunset) – J’en profite pour remercier les traducteurs qui ont fait un boulot extraordinaire sur cette conférence ! D’autant que les auteurs sont partis en roue libre pour notre plus grand plaisir d’auditeurs.

Marlon James est né à Kingston, en Jamaïque, en 1970. Ses deux premiers romans (à paraître aux éditions Albin Michel), récompensés par plusieurs prix littéraires aux États-Unis, ont fait de lui l’un des écrivains les plus remarqués de la scène littéraire anglo-saxonne ces dernières années. Unanimement salué par la presse outre-­Atlantique, Brève histoire de sept meurtres a été couronné par le Man Booker Prize 2015.

Laura Kasischke, née en 1961, a été lauréate de prix littéraires pour ses ouvrages de poésie ainsi que du Hopwood Awards. Ses romans La Vie devant ses yeux et A Suspicious River ont été adaptés au cinéma. Elle vit dans le Michigan, où elle enseigne l’art du roman au Residential College de l’université de Ann Arbor. Le recueil de poésie Mariées rebelles, son premier titre paru aux Etats-Unis dans les années 1990, est publié en France en 2016 aux éditions Page à page.

Stewart O’Nan est né en 1967 à Pittsburgh. Il est notamment l’auteur de Chanson pour l’absente, Emily, Les Joueurs, publiés aux éditions de l’Olivier. Derniers feux sur Sunset  (sur la vie de Francis Scott Fitzgerald) a rencontré un grand succès public et critique.

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Pierre Krause – Sam O’Nan – Laura Kasischke – Marlon James – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Préambule : Il faut savoir que la lecture et le cinéma sont deux arts étroitement liés. 40% des films sont tirés de livres en France et aux Etats-Unis dixit Pierre Krause.

 

Q : Stewart, vous qui avez écrit sur les tentatives de Francis Scott Fitzgerald de percer au cinéma, pensez-vous qu’Hollywood détruit les écrivains ?
Stewart O’Nan : Non, au contraire, je pense que Hollywood est une chance pour les auteurs. Faulkner en a d’ailleurs profité pour se faire connaître et poursuivre sa carrière d’auteur. Hollywood peut donc servir l’écriture. Francis Scott Fitzgerald était fasciné par le cinéma. Il voulait écrire des scénarios pour Hollywood. C’était son rêve.

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Stewart O’Nan – Laura Kasischke – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Q : Et vous Laura, étiez vous attiré par le cinéma ? Beaucoup de vos livres ont été adaptés au cinéma…
Laura Kasischke : Quand j’ai été contactée la première fois par Hollywood, j’étais excitée mais j’ai été précautionneuse car j’avais peur que ça ne se fasse pas. J’avais vu beaucoup de cas semblables autour de moi. J’étais honorée et flattée certes, mais le temps qu’un film se fasse, il se passe des années avant de faire sauter le bouchon de champagne.

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Laura Kasischke – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Q : Marlon, une chaîne de TV a acheté les droits de votre livre (Brève histoire de 7 meurtres) pour en faire une série TV. Êtes-vous impliqué dans la transposition de votre roman ?
Marlon James : Oui, mais je ne suis toujours pas sûr de vouloir le faire. J’ai commencé à l’écrire mais je ne sais pas encore si je vais continuer, c’est un pacte avec le diable (rires).
Mais je ne suis pas dans le contrôle absolu concernant l’adaptation de mon oeuvre. Faire un film, c’est un animal totalement différent d’un livre. J’ai plein d’exemples où les écrivains qui ont eu le contrôle se sont révélés être des catastrophiques. L’inverse est vrai. 

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Marlon James – Festival America 2016 – Copyright KoMa

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Brève histoire de sept meurtres – Marlon James

Q : Et vous Laura ? Aimeriez vous ?
LK : Non je ne sais pas écrire à plusieurs ni collaborer (rires), je suis fille unique et j’aime être seule.
Q : Stewart, comment s’adapte-t-on a l’écriture cinématographique et comment expliquer que Fitzgerald n’ait pas réussi ?
SON : Fitzgerald était un perfectionniste du premier et du dernier mot. Vu le nombre de réécritures que demande un film cela ne pouvait pas marcher. Et en plus, il n’aimait pas le travail d’équipe.

Q : Laura, c’est possible d’avoir un regard neutre sur ses films adaptés ?
LK : J’ai été tellement flattée et honorée que quelqu’un s’intéresse à mes livres que j’essaie de ne pas être trop critique. Je me dissocie de l’œuvre mais au final je trouve cela formidable.

Q : Et vous Marlon, ne craigniez-vous pas que l’adaptation de votre roman n’entraîne une trop grande simplification de votre livre ?
MJ : Non au contraire, moi je trouve que l’avantage de la série TV c’est qu’il n’y a pas besoin de simplifier. Il peut y avoir entre 5 et 10 épisodes par saison et plusieurs saisons pour développer. D’ailleurs, moi-même en travaillant sur l’adaptation, j’en rajoute. Je développe des personnages mineurs dans mon livre. C’est même plus long que mon livre (rires). Il y a une patte spéciale dans les séries TV, c’est ce qui est attendu même. D’ailleurs « The Wire » n’aurait jamais pu être un bon film. C’est justement un matériau qui a besoin de temps pour s’installer. Par ailleurs la TV attire des acteurs différents. James Gandolfini fut une star de la TV ce qu’il ne serait jamais devenu au cinéma.
Si mon roman était adapté en film, mon personnage principal, une femme noire de 30 ans, auraient été transformée et interprétée par Julia Roberts et cela aurait été une catastrophe (rires). Mais il arrive que certains films soient meilleurs que les livres dont ils s’inspirent. Docteur Jivago, par exemple.

Q : Préférez-vous une adaptation fidèle de vos romans ou préférez-vous être surpris ?
LK : Ce n’est pas quelque chose auquel je pense. Je ne suis pas ce qui en est fait une fois que les droits sont vendus. Mais dans chaque film, j’ai retrouvé une part de mes livres.
SON : J’ai eu la chance d’avoir un roman adapté et le réalisateur était aussi le scénariste avec un univers similaire au mien. J’ai donc eu le plaisir de retrouver le ton de ce que j’avais écrit sur l’écran.
Mais parfois c’est l’inverse. De très bonnes adaptations de films ont été conspuées par leurs auteurs. Il y a des exemples célèbres : Stephen King pour son « Shining » adapté par Kubrick, et Anthony Burgess pour « Orange Mécanique » aussi adapté par Kubrick…
MJ : King est vraiment connu pour détester toutes les bonnes adaptations de ses films et aimer les mauvaises (rires)

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Laura Kasischke – Marlon James – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Marlon James s’adressant à Laura Kasischke : Je suis curieux, Laura, de savoir ce que tes lecteurs ont pensé des adaptations de tes livres ?
LK : Certains lecteurs viennent me voir et me disent « vous devez être très mécontente de vos adaptations » (rires). Mais non, en fait, j’ai eu la chance d’avoir eu de beaux projets d’adaptations.

SON : Il y a deux étapes : l’adaptation et la peur pour l’auteur de voir son livre disparaître derrière le film. « Orange Mécanique » est un bon exemple, le film est plus célèbre que le livre.
MJ : C’est comme les récits historiques qui ne parlent que des gagnants (rires). Pour aller dans ton sens, Stewart, sans le film, « American Psycho » ne serait sûrement pas aussi connu.
SON : Oui, ce livre retrace bien l’horreur des années 80. La preuve, il parle de Phil Collins (rires). A l’inverse, certains films sont si mauvais qu’ils nuisent aux livres d’origine mais peu importe, ça fait quand même de l’argent pour l’auteur (rires)

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Laura Kasischke – Marlon James – Festival America 2016 – Copyright KoMa

Q : Ecrivez-vous en ayant en tête d’être adapté ?
SON : Oui ça m’arrive parfois quand je vois certains films qui me marquent. J’ai vu récemment deux Road Movies qui m’ont inspiré l’écriture de manière cinématographique.
LK : Non pas moi, je ne fonctionne pas comme cela quand j’écris un roman. Je ne pense même pas aux lecteurs d’ailleurs.
MJ : Je ne réfléchis pas à l’adaptation quand j’écris mais j’ai grandi avec le cinéma. C’est une inspiration. C’est d’ailleurs plus facile de trouver un film en Jamaïque qu’une œuvre de Toni Morrison. Cependant, l’écriture d’un scénario est différente de l’écriture d’un roman. Le langage est différent. Par exemple « elle est perplexe » dans un livre devient « elle lève les sourcils » dans un film (rires).

Q : De nos jours, est-ce une étape essentielle pour un auteur d’être adapté ?

MJ : Je ne pense pas. Ce n’est pas nécessaire. Si ça arrive tant mieux, surtout si les adaptations sont réussies. Trop d’écrivains travaillent dans ce sens de nos jours. C’est trop cinématographique et pas assez littéraire. Pas de style. On n’a plus envie de leur dire « bravo pour ton livre » mais plutôt « bravo pour ton scénario » (rires).
LK : Non ce n’est pas un passage obligé ou qui ouvre une carrière. Ce qui a changé pour moi, c’est que ça m’a apporté de l’argent et que j’ai pu acheter une maison. J’ai enfin la chasse des toilettes qui fonctionne. (Rires)

FIN (La 2ème partie de l’article en cliquant ici !)

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Marlon James – Festival America 2016 – Copyright KoMa

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Plus que des quatrièmes de couverture, plus que des résumés de films, c'est de la passion et de l'émotion que vous découvrirez ici.

23 Comments on Festival AMERICA 2016 : Conférences et déambulations dans le festival 1/2 !

  1. Ah je les attendais tes retours sur ce salon, merci pour ce tome 1, super intéressant à suivre ! Vivement la suite

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  2. Un compte rendu très riche. J’attends la suite impatiemment.

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  3. Excellent compte rendu 😉 Toutes ces conférences c’était vraiment génial, et il était difficile de choisir .

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  4. Comme Yvan, je les attendais ses retours, mais ça tu le savais.
    Et en plus ils sont passionnant.
    Merci mon ami pour tout cela et bravo à ta photographe.
    Et j’attends aussi le Marlon James (Brève histoire de 7 meurtres) 🙂 🙂

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  5. Retour très sympa de ce salon que j’aurai bien aimé voir!!!;) Du coup, je me note ce livre!!!!;)

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  6. Merci pour ton retour de ce salon, vraiment très sympa. Jluc adore Ian Levinson, il a tous ses livres, du coup content d’avoir vu sa tête. Merci David ❤️😘
    Marie-Christine

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  7. J’apprécie beaucoup le fait que tu nous fasses une petite bio des auteurs juste avant le compte rendu de la conférence.

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  8. J’ai animé quelques conférences au cours du festival mais pas celles auxquelles tu as assisté. Dommage, j’aurais bien aimé faire ta connaissance « en vrai » 😉

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2 Trackbacks / Pingbacks

  1. Festival AMERICA 2016 : Conférences et déambulations dans le festival 2/2 ! – Cest Contagieux!
  2. L’Interview-Terrasse TRÈS CONTAGIEUSE de Laurent Scalese – A l’écrit et en Podcast audio (Part 2/2) ! – Cest Contagieux!

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